Avec la participation de :
Fanny Georges, docteur en études culturelles, chargée de recherche au CNRS ;
Antoine Guggenheim, coordinateur du pôle de recherche, Collège des Bernardins
M. Augustin Paluel-Marmont, co-fondateur de la marque Michel & Augustin
I- Les réseaux Sociaux.
Il faut tout d’abord différencier les différents types de Web. Par le passé
nous étions dans le Web 1.0.
On ne pouvait qu’y créer sa propre page
avec les informations que l’on souhaitait mettre. Seules les personnes
connaissant un peu de programmation des sites internet pouvait faire évoluer leurs
pages.
Nous sommes aujourd’hui dans le Web
2.0. il s’agit des réseaux d’aujourd’hui tels que facebook ou myspace.
Nous entrons toujours nos informations sur Internet mais elles sont plus
disponibles pour d’autres et par les applications par exemple l’internaute
modifie son activité sur internet à sa guise.
Enfin le Web 3.0 se
profil à l’horizon. On pourra bientôt créer une page personnelle sur quelqu'un
sans même connaitre la personne, seulement en utilisant les informations
disponibles sur le net. 1,2,3, people en est déjà un exemple.
Intéressons nous maintenant à facebook plus précisément. Cet outil permet de mettre en relation toutes les personnes qui y créent un profil. Au début seuls les étudiants de Harvard l’utilisaient, il a d’ailleurs été créé par l’un d’entre eux. Puis l’idée s’est étendue aux universités américaines et enfin au facebook que l’on connait aujourd’hui. Son succès vient du fait qu’il permet de réunir sur un même support des applications jusqu’ici séparées (copains de classe, collègues, rencontre…) rendant plus facile leur utilisation avec un seul login et un seul mot de compte.
II- La Présence
Utiliser un logiciel est très différent de la vie réel. Il faut être présent, si l’on ne se manifeste pas, par le partage d’image ou l’envoi de fichiers, on n’existe pas. Sur le Web 1.0 l’utilisateur choisissait ce qui apparaissait sur sa page perso, aujourd’hui les commentaires, les jeux auquel on peut jouer… s’affichent sur notre page perso. Ceci change le paradigme identitaire, on est plus définit par les activités que l’on fait. D’où la différence entre l’identité agissante et l’identité déclarative (concept propre à F.G). Dans le réel si je ne manifeste pas l’autre peut me voir. Ce n’est plus l’être qui prime mais son action, les chiffres (nombre d’amis correspondant dans l’imaginaire de certains à un degré de sociabilité). Le degré d’affinités entre deux personnes peut être déterminé par le nombre d’amis en commun. Le face à face n’est plus pris en compte.
Le Père Guggenheim réagit.
C’est un théologien, il va donc apporter une vue plus spirituelle. Très optimiste il commence par signaler qu’il serait bête de se priver de rencontrer une personne avec qui on pourrait avoir une relation forte. Cette espérance utopique, chrétienne, réside dans le désir de former une communauté, voire une communion. Ce qui est excellent.
Cependant, il convient de s’interroger sur le type de présence vécue sur internet et de la comparer à la Trinité qui est pure présence. Ce qui est inquiétant c’est quand l’être humain devient prisonnier de la machine. Les comportements compulsifs qui peuvent apparaitre sont dus au mécanisme structurel qui incite à se manifester le plus souvent possible.
III- Le Story Telling
Le Père continue sur une présentation du story telling.
Nous avons tous du goût pour l’intrigue et sa résolution. C’est ce qui a fait les succès de Agatha Christie, de Diderot avec jacques le fataliste, des Contes des milles et une nuit… et même de la Bible. Il cite le deutéronome ou le lecteur rentre dans la narration. Ce qui était un ordre devient faire libre avec le texte. Le story telling est donc aussi vieux que l’humanité.
Il pose la question : est ce que ce récit me laisse libre ? Si oui, il y a des chances qu’il soit vrai car c’est librement que l’on accède à la vérité. Le story telling authentique est celui qui me laisse conclure. Un autre risque est de se raconter soi même : face à un public le narcissisme peut vite apparaitre. Internet permet peut être à certains d’avoir un public mais quelle liberté lui laissons nous ?
Augustin Paluel-Marmont présente maintenant son expérience d’Internet dans sa vie de chef d’entreprise et pour la Com de sa boite. Avec un ami ils ont fondés il y a quelques années une entreprise produisant de vrais biscuits loin de l’hypocrisie qui peut régner chez les grandes marques. Ils racontent leur vie en story telling sur Internet ainsi que leur action d’éclat pour assurer la promotion de leurs produits. Ils veulent raconter une histoire vrai, faire partager une aventure humaine d’hommes normaux. Ils ont créé leur propre identité.
IV- La Communication Narrative
Le journaliste introduit alors la définition de communication narrative.
Il s’agit de capter l’attention pour stimuler le changement raisonné afin d’emporter l’adhésion. M&A expose comment il se place par rapport à cette définition dans son métier de communiquant. La stimulation du changement provient du désir de vérité qu’on les personnes. M&A cherchent à développer le goût en vantant la qualité de leur produit afin que le consommateur revienne de lui-même.
Le Père continue sur le goût. C’est aussi un critère de vérité. Il est bien d’être captivé par ce qui est bon, on peut être fasciné librement. Pour ce qui est de capter l’attention nous attirons les autres soit par le sourire soit par le mensonge. Le sourire est une bonne manière de rentrer en relation.
Fanny Georges ajoutent que le fait de pouvoir créer son propre discours marketing donne une liberté incroyable par rapport au long processus du passé pour les artistes.
Sur le sujet de la vérité travestie. F.G considère que tout est représentation. Dans ce cas, quelle soit en ligne ou en face à face le système est différent mais complémentaire. La réalité est mixte mêlant les éléments réels et virtuels. En conséquence, elle conclue que la vérité n’est pas beaucoup plus travestie qu’avant.
V- Savoir être, savoir faire, savoir être.
Le Père introduit 3 verbes : - L’attitude humaine le plus profonde est le savoir être qui se développe par l’éducation.
- Le savoir faire (diplômes, W, expérience)
- Le faire savoir : Comment faire savoir ce que je suis et ce que je fais ? Faire savoir ce que l’on sait faire. Est-ce que je me fais valoir ? est ce qu’on construit un monde commun ? Tout est plus global. Il existe une possibilité de témoigner. Mais ce témoignage doit être vrai. Internet ne nous fait pas échapper à la question de la vérité.
M&A évoque son idée de la communication internet. Il y existe une réelle richesse d’échange avec son client. Mais l’on doit refléter la vérité, l’entreprise ne doit pas être un prétexte. Le but n’est pas d’arriver le plus riche au cimetière mais d’avoir un outil économique puissant pour soutenir des causses auquel on croit, modestement.
VI- Respect de la vie privée, intimité et pudeur.
Il y a énorme enjeu concernant le
respect de la vie privée. Le journaliste ici nous fait part d’une de ses
expériences. Un correspondant américain a passé les vacances avec la famille.
Et en rentrant chez lui il poste les photos de l’échange sur facebook. La
famille française découvre alors des photos où ils sont taggués et où l’on
voit leur maisons, leur vacances, leur
habitudes le tout commenté par un panel de jeunes ados américains.
Pour les ados surtout il y a une tentation de s’exposer qui est plus facilement
réalisable sur Internet.
Pour le Père ce qui est en tension ici c’est la pudeur. La pudeur est quelque chose qui se passe en nous lorsque nous rougissons. C’est une réaction corporelle mais aussi psychique, une honte de soi ou de ce que l’on a dit sur soi. C’est un sentiment gênant qui permet de se construire. Nous avons besoin d’un respect de ce qui est en nous qui est si intime qu’il ne doit pas être utilisé. L’intimité est aussi importante que la propriété privée. Si l’on est transparent on l’est aussi à soi même et l’on ne sait plus qui l’on est.
F.G signale que dans les études qu’elle a menées, les ados considèrent les photos comme étant une infraction à leur vie intime. Mais il situe cette intimité plus profondément que ces photos. Quelque chose que l’on ne peut dévoiler sur une page internet.
VII- L’éducation.
M&A développe ce qu’il fait et la théorie qui est derrière : La tâche éducative des adultes est d’apprendre à comprendre. F.G souligne que déjà en Norvège par exemple ca se développe dans les lycées.
QUESTIONS :
Position de l’Église : C’est rare qu’un chrétien diabolise quelque chose. C’est produit par un homme de Dieu mais aussi par un pécheur. Il faut donc apprendre à discerner. Liberté, vérité. Est-ce que je me sens vrai ? libre ?
Qualité et quantité : le Père suggère de créer un algorithme pour affiner et améliorer le fonctionnement des réseaux à partir d’une certaine vision de l’homme !
On abolit l’espace mais aussi le temps. Comment avoir une vie réelle et en même temps être sur Facebook. Le Père répond chacun sa passion ! Il faut juger sur le critère qualitatif, quel développement humain, c’est une question d’éducation.
Le phénomène de cimetière virtuel. Les pages crées par des gens décédés deviennent des lieux de mémoire.
Avec l’avènement du Web 3.0, les gens sont amenés à gérer leur identité à l’image d’une marque. Mais F.G souligne que trop d’infos risquent de tuer l’info. Elles n’auront plus beaucoup d’importance pour ceux qui les consultent. Elle prend l’exemple de son nom très courant. Elle serait gymnaste, ou avocate ou…
Le Père Guggenheim fini sur la technique. Il faut aller vers une humanisation de la technique. Il existe de très beau texte de JPII à ce sujet. La technique n’est pas un monstre comme telle.
Rhétorique: art d'avoir un langage qui transmette une vérité en touchant. Se demander une chose : est-ce moi qui prend la décision au final? (cf. beaucoup de paraboles dans la Bible où le lecteur est laissé libre de son interprétation où d'inventer une fin) Est ce qu'on me laisse conduire?