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La responsabilité des catholiques dans la société

Voici le compte rendu réalisé par un étudiant de CGE.

Conférence de l’Association pour la Fondation de Service Politique - 21/09/2011 – Paris

La Responsabilité des Catholiques dans la société.

Cette conférence fait part d’un cycle de conférence organisé par l’association pour la Fondation de Service Politique (www.libertépolitique.com). Chaque mois un thème d’actualité est abordé avec un regard Chrétien.

Intervenants :

  • Marc Baudriller, Journaliste. Auteur de "Les réseaux cathos" (Robert Laffont, 2011) et d’un article éponyme dans Challenges fin janvier 2011.
  • Père Matthieu Rougé, Directeur du Service pastoral d'études politiques (SPEP), recteur de la basilique Sainte-Clotilde (Paris VIIe).
  • Philippe de Saint Germain, Délégué général de la Fondation de service politique, responsable de la rédaction de la revue Liberté politique, a animé cette conférence.

Dans un premier temps Marc Baudriller a pris la parole sur la nature de l’influence des catholiques en société et dans un deuxième temps le Père Matthieu Rougé a expliqué le pourquoi de cette influence.


Intervention de Marc Baudriller :

Cette première intervention avait pour but d’analyser les grandes mobilisations catholiques. Elles tiennent à un changement du catholicisme dans la société ou plutôt l’inverse. En effet, les Catholiques voient toujours la société telle qu’ils la voudraient et pas telle qu’elle est réellement.

Marc Baudriller raconte une anecdote pour montrer que la société n’est plus si anti-catho. Lors d’une interview au Mouv’, la radio jeune de Radio France, il a rencontré des jeunes pas du tout agressif mais curieux et avec une forte volonté de comprendre malgré leur totale méconnaissance de la religion catholique.

Finalement, l’anticléricalisme ne concerne qu’une partie infime de la société. La France n’est plus hostile car elle ignore tout. Les catholiques sont en effet ultra minoritaire et sont devenus des sortes « d’Indiens d’Amériques » gardiens d’une tradition vieille de 1500 ans et de rite inconnus de tous. Les chiffres révèlent une certaine ambivalence :

-          65% des Français se disent catholique mais une bonne partie déclare ne pas croire en Dieu ! c’est donc juste un sentiment qui est issue de la culture.

-          Entre 5 (Messe une fois par mois) et 15 %(se déclarent catholique pratiquant) des Français se disent catholique pratiquant. C’est donc une grosse minorité.

Il existe une prise de conscience dans les médias. Par exemple pour les Chrétiens d’Orient, la persécution est très ancienne mais depuis quelques mois beaucoup de média en parle (journaux, télévision…). Il existe donc une bascule entre une France fortement anticléricale il y a quelques dizaines d’années et la France d’aujourd’hui plus ignarde et indifférente que belliqueuse. Elle pourrait se situer au niveau de l’immense manifestation pour défendre l’Ecole Libre du 24 juin 1984 qui avait rassemblé 2 millions de personnes à Paris. Les catholique se sont dit : « c’est bien ! , c’est la France Chrétienne ! ». En réalité nous sommes plutôt tombés dans une situation de désolation depuis mais c’est aussi peut-être une chance. La situation actuelle est sûrement la responsabilité d’une génération, celle du baby-boom qui a été élevé dans un tissu d’école catholique et de mouvement de jeunesse catholique important, qui a profité de cet héritage puis l’a détruit sans le transmettre. C’est pourquoi aujourd’hui il n’y a pas d’héritiers à La Vie ou à Témoignage Chrétien. Cet effondrement laisse un vide et un espace pour les errances dans les sectes. Ce vide spirituel est visible dans les écrits des écrivains contemporains actuels tels Michel Houellebecq ou Fréderic Beigbeder avec un cri de souffrance et un manque d’idéal.

Donc tout est à construire et à défendre dans des conditions uniques.

Nous pouvons nous appuyer sur le réflexe des sociétés de protection des minorités. Il existe souvent un complexe du fort. Cela a aussi été le cas de l’Eglise qui a adopté un comportement délicat vis-à-vis de groupe peu représentés. Mais aujourd’hui la minorité c’est nous, il faut changer de comportement. Mais nous ne sommes pas n’importe quelle minorité ! Nous sommes une minorité avec 1500 ans d’histoire tout de même.

Exemples caractéristique de mobilisation catholique : La mobilisation pour le lundi de Pentecôte. Dans le passé il fallait que tous les évêques, associations et lobbys catholiques se positionnent pour que le mouvement prenne. Aujourd’hui tout un chacun peu se retrouver à faire bouger les lignes. C’est le cas de Etienne Neuville qui avec deux amis autour d’une bière un soir se révolte contre cette suppression du Lundi de Pentecôte. Il prend le dossier en main, monte un site internet où il utilise une argumentation catholique pour justifier son désaccord. Il réussit à réunir 2000 à 3000 personnes avec Internet, publie quelques articles mais il se rend vite compte qu’il a fait le plein et qu’il n’ira pas plus loin de cette manière là. Il abandonne son boulot et réunit tous les arguments qui peuvent parler à tous. Il le fait en tant que catholique mais en cherchant un public plus large. Après une refonte du site internet il lance une campagne de communication qui touche beaucoup plus largement que la première tentative. Il finit même par vaciller le premier Ministre Raffarin.
On ne peut donc plus tenir de petit discours catho à usage interne. Lorsque l’on explique nos positions nous pouvons toucher des personnes qui ne sont pas catholiques avec des mots qu’ils peuvent entendre et comprendre notamment car la Doctrine Sociale de L’Eglise se fonde entre autre sur la raison !

Le message des catholiques dans la société ne peut plus être confessionnel car les gens ne peuvent pas comprendre (puisque ils n’ont pas la culture chrétienne de base). Alors que quand on parle de morale inscrite dans tout homme, ca va mieux ! Il existe une soif de profondeur dans la population française qui fait écho à un ras-le-bol du matérialisme. (Exemples : romans de Fred Lenoir, Succès du film des Hommes et de Dieux, Succès du livre En avant Route de Alix de saint André)

Il y a plus de réseaux cathos que de cathos ! En effet, il existe plein de petits groupes, avec différentes sensibilité de foi. Certains pensent qu’un grand patron tire les ficelles de tous ces groupes. Il n’en ait rien et c’est très bien comme ça.

 

Intervention du Père Matthieu Rougé :

Est-ce légitime de parler d’influence et même de rayonnement ?

I-                    Dans l’existence chrétienne la recherche des réalités surnaturelles est essentielle

II-                  Dans quels domaines les catholiques peuvent-ils avoir une influence ?

III-                Quels sont les moyens que l’on peut utiliser pour une influence féconde ?

IV-               Question de la minorité. Ne pas céder au minoritarisme.

 

I-                    Le primat des réalités surnaturelles dans la vie des chrétiens.

Saint Paul écrit dans la lettre aux Colossiens (3,1) : « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. » Il y a une fascination pour la réalité sociale ou temporelle dans notre société actuelle. Ce qui est terrible aujourd’hui c’est cette « immense conspiration contre la vie spirituelle » dont parlait Georges Bernanos.

La recherche des réalités d’en haut passe par implication jusque dans les réalités terrestres : « Etre dans le monde sans être du monde. » Paradoxalement, Benoit XVI écrivait dans son dernier livre en tant que Cardinal que la politique n’était pas un instrument de l’avènement du Royaume des Cieux. Il faut toujours revenir à la recherche de la face du Seigneur, dans sa paroles dans l’eucharistie…, pour témoigner ensuite de l’Evangile à nos frères.


II-                  Dans quels domaines les catholiques peuvent-ils avoir une influence ?

Le mot influence est-il pertinent. Il faudrait d’abord parler de rayonnement. Dans le rayonnement plus que la notion d’influence on trouve l’idée de surcroît. La lumière recherchée et accumulée porte par surcroît un rayonnement. C’est parce que nous vivons du Christ que nous pouvons avoir un rayonnement.

Ce rayonnement est à porter dans trois domaines :

-          Dans le domaine spirituel : par la vie spirituelle, la réconciliation, la prière personnelle, nous acquérons une vision plus large et profonde qui vient du Christ et nous gagnons en liberté intérieure. Par exemple, des mouvements ou paroisses ont retrouvé une vitalité en se replongeant dans la prière. Et on ne s’enferme pas dans un rêve spirituel en disant cela !

Un autre exemple est la formidable intuition du directeur de Magnificat qui explique que si un grand nombre de personne prennent un temps pour la vie spirituelle alors on ouvre une porte qui portera beaucoup de fruits.

-          Dans le domaine intellectuel : Il faut avoir réfléchi sur les questions sur lesquelles on débat. Il faut un renouveau de la vie intellectuelle des catholiques. Par exemple, concernant le domaine de la philosophie des personnes comme J.C. Marion, Rémi Brague ou le mouvement Communio ouvrent des portes sur l’avenir en tant que philosophes ou école de philosophie. Il existe aussi de véritables historiens chrétiens tel Yves-Marie Hilaire qui ont formé de nombreux étudiants chrétiens en histoire.

-          Dans le domaine culturel : Il ne faut pas réduire la culture aux musées, musiques, danses… C’est notre manière d’habiter le monde. La famille, l’éducation sont aussi des questions culturelles.

Avant de parler de techniques d’influence il faut parler de stratégie de rayonnement.


III-                Quelles conditions et quels moyens pour une influence féconde ?

Quelques conditions d’une influence féconde :

-          Place de l’Eglise dans la société française : Beaucoup ont suinterprété la loi de 1905 : C’est une séparation institutionnelle, c'est-à-dire pas d’indiscrétion d’un côté comme de l’autre. C’est différent de la séparation de l’Eglise et de la société. La participation de l’Eglise à des débats de société est donc légitime. Il y a un travail pédagogique à faire, même auprès des catholiques.

-          En matière de politique ou de vie sociale ce qui fait prendre une décision politique ce n’est pas la foi c’est la raison. Mais cette raison a besoin d’être éclairé. Il faut approfondir la conception de la raison que l’on a. Il y a une raison technique mais aussi éthique. Il existe dans la raison humaine une capacité de discernement et nous ne somme pas condamnés au relativisme. C’est très important ! (Voir la note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la congrégation pour la doctrine de la foi.)

Quelques éléments pour une juste influence :

-          Le travail : Il ne faut pas rester au niveau du café du commerce. On peut travailler le contenu de la doctrine sociale de l’Eglise, pas pour la brandir mais pour l’approfondir et la vivre. Ex : dans le domaine de la bioéthique. Ce travail doit conduire à faire des propositions. Il faut en effet se méfier d’une tendance protestataire sans propositions. Quand on a un commencement de solution on a des chances de les faire aboutir car souvent les politiques sont à court d’idée.

-          La communion : L’Eglise de France est trop souvent divisée de manière terrible. Le travail en communion porte beaucoup de fruit. Ex : bioéthique où des catholiques d’origine variées ont sur travailler ensemble. Aujourd’hui on est plus capable de communion qu’il y a 20 ans.

-          Importance de l’enracinement spirituel et du courage. Ex : Bioéthique, beaucoup de points ont pu être transformé par rapport au point où le texte était le plus loin de nos attentes.

 

IV-               Question de la minorité. Ne pas céder au minoritarisme.

Il ne faut pas s’apitoyer. Les discours des évêques comme Mgr d’Ornellas, Barbarin ou Vingt-trois assez vigoureux sur le fond ne peuvent que nous encourager. Même si nous sommes religieusement minoritaires, nous sommes culturellement majoritaires. Ex : Des maires sont prêts à faire beaucoup de choses pour leurs Eglises. A Saint Chamond un référendum populaire a été effectué pour savoir si on détruisait la vieille basilique qui ne servait plus. La réponse fut non. Donc notre pays reste très marqué par nos racines chrétiennes même si on ne sait pas d’où ça vient.

Il ne faut pas s’enfermer dans l’idée de minorité. Nous avons une responsabilité culturelle par rapport à notre pays.

Il faut faire la différence entre une minorité numérique et un lobby catho. Les catholiques ne sont pas un lobby. Ils n’ont pas d’intérêt communautaire à défendre à la différence d’un lobby.

Le dialogue démocratique passe aussi par les lobbys mais il y a une différence entre le lobby qui informe et celui qui manipule et le travail de lobby n’est pas parfaitement ajusté à la tâche de l’Eglise. Habituellement il s’agit de défendre la dignité de la personne humaine dans toutes ces dimensions et pas les intérêts communautaires. Plus que le travail d’influence il faut un travail de réservoir d’idée en amont pour que l’influence soit pertinente.

Attention à ne pas surconfessionlaiser un certain nombre de débat. Exemple : le gender et l’article de Luc Ferry dans le Figaro jetant le discrédit sur les déclarations des antis en invoquant comme seul argument que le message appartiendrait seulement aux catholiques.