Conférence de Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu Social.
Positivisme du XIXe siècle. Perception de l’homme comme une machine. Quelle est la finalité de cette mécanique ? Produire et recevoir de l’amour. Aimé et être aimé. Ce que disent tous les hommes avec leurs fortunes et leurs misères, c’est leur désir d’être aimé. Ce qui me donne une force, c’est de savoir que notre vie n’est pas une phénomène psysico-chimique, c’est quelque chose qui a une finalité.
Notre Dieu s’est manifesté à travers un homme, le Christ. Dans notre religion, l’homme est l’accomplissement ultime de la création. Notre religion est celle de la personne, de l’individu. Chaque être est irremplaçable. En biologie, on le sait, chaque homme est unique. Par sa mort, il va manquer au monde.
L’Etat a pour mission de protéger ses citoyens, l’Etat doit garantir 4 droits : travail, logement, éducation, santé. L’Etat ne connaît pas les individus. Il opère une redistribution froide. C’est aux associations de s’occuper de cette protection de chaque individu.
Le problème, c’est qu’on a aujourd’hui perdu un contact direct avec le monde. On a, entre le monde et nous, une représentation du monde donnée par les médias. C’est difficile d’agir pour l’autre, on a directement une mise en image qui éloigne de la perception directe de la vie du prochain.
J’ai eu le privilège d’assister à la création du Samu. L’idée de Samu vient de la médecine militaire. On catégorisait les types d’urgence en voyant arriver un afflux massif de blessés. Les médecins ont perçu les blessures en fonction des moyens qu’ils avaient en place. La thérapeutique en fonction des moyens. La description des lésions en fonction des moyens.
Dissociation croissante entre le "cure" et le "care". Il y a de l’impalpable. Il faut avoir beaucoup de patience pour tenir le coup. Etre croyant, savoir que chaque être est unique, cela stimule.
J’ai souvent en tant que médecin urgentiste sauvé la vie à des gens. J’ai fait les bons gestes, mais je n’ai pas rencontré ces personnes. Je n’ai aucun mérite.
Au départ la charité, c’est l’amour surnaturel qui unit les hommes entre eux et avec leur créature. Puis le mot charité est sorti de notre vocabulaire. On parle désormais de solidarité.
On voit d’abord l’homme en danger. Quand quelqu’un est en danger en montagne, on comprend qu’on mette tous les moyens en œuvre pour le sauver, on se demande pas si c’est un assassin ou un pédophile. Il faut se servir de sa spontanéité archaïque d’appartenance.
On ne fait pas le boulot de l’Etat, on fait autre chose. Les medias sont des idoles de notre monde. On a l’impression d’être dans un présent perpétuel, les médias n’enregistrent rien, oublient tout. Les médias n’ont pas de mémoire. Civilisation qui engloutit tout. On n’a pas d’Histoire, pas de racines, on ne sait pas d’où on vient. Les sociétés anciennes avaient des cycles, des rythmes, un mythe fondateur.
Quatre fondamentaux nous structurent. Perception du corps, de l’espace, du temps, de l’altérité. Beaucoup de gens ne perçoivent pas bien leur corps. Quand on rencontre quelqu’un, on a des rituels d’approche. Dans toutes les civilisations. Plus vous êtes marginal, moins vous avez de rituels. On ne vous appelle plus par votre prénom.
La publicité sollicite ce qu’il y a de plus archaïque en nous.
Oui, je crois qu’il y a une vision chrétienne de la solidarité.
C’est difficile de militer avec les médias parce qu’il y a des mises en scène. Les médias ne nous parlent de l’exclusion que pendant l’hiver. L’acte gratuit d’aller à la rencontre de l’autre n’est pas compris. La politique aujourd’hui est victime du syndrome de l’image. Avant on ramait pour se faire élire. Maintenant, on passe à la télévision, on est dans le miroir. Les hommes politiques ont perdu toute crédibilité.
On est dans la société du principe de précaution. On ne peut plus rien faire si on n’a pas prévu toutes les retombées.
Les politiques sont dans le miroir et dans le parapluie.
Est-ce que vous voyez un sens à la souffrance ? La souffrance n’a pas de sens. On est dans un monde de devenir. C’est dur, ça nous fait peur.
Le dernier combat, Arthur Kessler. A lire.
Etre croyant ne peut pas se communiquer, c’est quelque chose de trop intime. J’ai eu du mal à l’admettre que j’étais chrétien, pour moi, être chrétien, c’était les grenouilles de bénitier, j’ai horreur de ça.
Dolorisme : courant qui interprète la souffrance comme une épreuve que nous envoie Dieu. On ne peut pas dire que le christianisme donne un sens à la souffrance !
