C’est la CC de Cergy Pontoise qui nous offre ce beau texte de
présentation du film « Des hommes et des dieux » :
« Ce film-évènement, qui place d’emblée le réalisateur Xavier Beauvois à contre-courant de ses productions habituelles, mérite bien le batage médiatique qu’il suscite. L’effroyable montée à l’abattoir de cette poignée de religieux, nous en sentons poindre les prémisses dès les premières minutes du film, où nous nous disons que tout est joué d’avance. Ce n’est pas cela le sujet, le sujet n’est pas un soi-disant-suspens que l’on aurait essayé d’installer: nous connaissons tous la fin de cette tragique histoire. Et pourtant, malgré l’absence de surprise, une tension s’installe. Très forte. Ces hommes, que leur présence dans une zone instable et menacée par des groupuscules pseudo-religieux, rend chaque jour plus intenable, nous savons qu’ils mourront. Nous savons l’héroïsme de leur démarche, la folie peut-être. Le film n’élude aucune des questions que pose, à notre monde moderne occidental qui chérit le confort plus que toute autre valeur, le problème du martyre. Rester, n’était-ce pas aller au-devant de la mort ? Est-ce ce que Dieu veut ? Et comment peut-il le vouloir ? Face à cette question, le groupe, au départ divisé, va trouver dans la prière une paisible réponse: leur vie, ils l’ont déjà donnée en venant vivre cette vie contemplative et fraternelle au milieu de ce peuple qu’ils aiment plus que tout, qu’ils aident autant qu’ils peuvent. Leur vie est donnée pour l’amour, soit. Parviendront-ils à demeurer dans l’amour (et dans ce choix de vie qui résulte de l’amour, donc) jusqu’au bout ? Comme pour le Christ, à la passion duquel la fin de ces hommes finit par ressembler, le choix libre et aimant d’un don de soi malgré les obstacles voilà ce qu’est le vrai témoignage (en grec « martyr »)… Et il y a bien quelque chose de surnaturel dans cette conversion de chacun à ce libre choix d’aimer contre la haine et la violence. Les plus récalcitrants, les plus peureux (qui pourrait les en blâmer ? qui n’aurait pas souhaité, comme eux, partir sauver leur peau?), finiront par accepter d’aller au bout de leur logique de désaisissement de soi. Et rien de morbide, rien de sombre, en tout cela. Au contraire, comme à la nuit de Noël, une lumière de plus en plus forte semble rayonner de cette communauté au plus noir des ténèbres qui vont les environner.Un très grand film. Non pas parce qu’il parle de religion, de moines, de « cathos héroïques » dont l’image viendrait compenser celle d’une église qui, elle, parvient difficilement à réhabiliter la sienne… Ce film est grand parce qu’il nous livre l’humanité à nu chez ces hommes si humains, si hommes, si gauches, si pudiques, si rudes, si imparfaits… en eux, une humanité libre vient au monde tandis que s’approche leur mort. Et elle met en échec, par avance, toutes les violences de tous les temps passés, présents et à venir. » (ED) |
